CHAPITRE III
Absence
Les jours suivants, je passais un à deux soirs par semaines à réviser avec Chris et Lucille. Très vite ce furent eux qui vinrent chez moi. Mon père les trouvait charmants, bien qui ne les vit pas très souvent : la plupart du temps il était au travail quand ils venaient à la maison.
La routine s'installa, tout les jours Lucille me prenait chez moi pour aller au lycée et Christophe me redéposait le soir venu, il m'attendait à la fin des cours, appuyé nonchalamment contre le mur du couloir le col relevé comme à son habitude ...
Un jour pourtant en me réveillant je trouvais sur la table du petit déjeuné, au milieu des tartines que mon père prenait parfois le temps de me préparer, un petit gribouillis plein détaches de gras dont les lettres bavaient:
Christophe a téléphoné, il ne peut pas te prendre .
je t'aime, bisous,
Papa.D'abord surprise, je réalisait tout à coup une chose: s'ils ne me prenaient pas ce matin, il faudrait donc que j'aille au lycée seule, en scooter. Ce qui impliquait de partir...tout de suite!
Enfilant un manteau et des bottes pris au hasard dans le vestibule, je me dépêchait de sortir.
Dehors, la neige avait étendu son manteau blanc un peu partout, de pâles flocons dansaient lentement devant mes yeux et le sol était devenu une vraie patinoire.
Précautionneusement je m'avançait dans l'allée et prenait mon scooter, de ce côté-là, ça allait: au début du mois de novembre mon père m'avait aidées à mettre des pneus neige, en prévoyance du froid prochain.
C'était les premières véritable chutes de la saison.
Le trajet de cinq kilomètre dans ce décor froid et cotonneux me fit sourire: j'aimais la neige et tout ce qu'elle impliquait, batailles de boules de neige, pas de sport, mais surtout, en cas de grosse chute: lycée fermé.
J'arrivais donc là-bas au moment ou la cloche sonnait, et, après avoir attaché solidement mon scooter dans le garage à vélo, je me précipitait en courant dans ma classe, en pensant que Chris m'aurai sûrement réservé une place près de lui, au dernier rang...
Il n'en fut rien. Chris ne m'avais pas gardé de place, par-ce que Chris n'était pas là!
L'heure me parût interminable aux côtés d'un boutonneux du club d'échecs, au premier rang.
Le professeur, monsieur Barnier me postillonna de ne pas griffonner sur mon cahier pendant son cours.
Chris n'était pas là. Comment était-ce possible? Il était toujours là, qui pleuve qu'il vente, toujours.
La journée me parût durer des semaines. Aller toutes seule en cours, manger seule au réfectoire car bien sûr, Lucille n'était pas là non plus...
En reprenant mon scooter le soir, après le cours de gym, je décidais de l'appeler en rentrant, peut-être y avait-il chez lui, une épidémie de grippe qui les empêchaient tout les deux d'assister aux cours...
Mais personne ne décrocha le téléphone. Je répétais mon appel trois fois, trois fois le téléphone sonna dans le vide.
Le lendemain, le surlendemain je comptais les jours qui s'écoulaient, m'obstinais à appeler chez eux. Quand les jours se transformèrent en semaines je n'en pouvais plus.
Je n'avais jamais eu d'autres véritables amis. Tout les jours, je mangeais donc seule
ou, pire, avec de parfaits inconnus.
Chaque jour était un nouveau supplice, le coeur brisé, le regard vide, je ne mangeais plus et perdais même quelques kilos.
Mon père, qui s'en fesait de plus en plus pour ma santé aussi bien morale que physique, voulu m'emmener voir un psychologue, je refusais.
Mes notes chutèrent, mes soirées, je les passais a présent à pleurer en regardant des film à l'eau de rose...
Je renonçai finalement à appeler à la fin novembre alors que trois semaines au moins s'étaient déjà écoulées. Comme tous les matins j'allais chercher son scooter au garage lorsque j'entendis les crissement des graviers de l'allée et une portière que l'on claque.
Ce n'était pas normal. Mon père était parti travailler il y avait une heure à peine et il ne devait pas rentrer avant le soir. Curieuse et anxieuse à la fois j'allais donc voir se qu'il y avait... Ce que je vit me surpris au plus haut point: Christophe, un bouquet de roses caché dans son dos, sonnait à ma porte.
- Je suis là. Dis-je pour attirer son attention
- Oh...et bien...je...je suis désolé. dit-il en me tendant le bouquet.
Je le prenait et rentrait donc, l'invitant au passage à venir.
- Alors? Qu'a tu as dire pour ta défense? plaisantais-je.
- Alix... je suis vraiment désolé...je...j'ai... il se tût, il ne riait pas.
Tout en remplissant un vase, je le scrutait. Son visage s'était amaigrit depuis la dernière fois que je l'avais vu, et au delà de ça, quelque chose avait changé en lui ... mais quoi?
Christophe me conduit au lycée ce jour là, mais malgré ses nombreuses excuses, il refusait toujours de me dire pourquoi il avait disparu tout ce temps...
Lucille quant à elle restait lointaine, répondant à mes questions par des phrases incomplètent, imprécises... mais au moins y répondait-elle...
Malgré tout cela, la petite routine reprit peu à peu sa place...